Les talents d'Alexandra

Les talents d'Alexandra - Francis Yeldell

Dans mon quartier, les commerçants ont organisé un concours de dessin et de poésie pour les enfants. Le thème était la rue où nous vivons. De cinq à treize ans, les participants devaient montrer, à l’aide d’une illustration et d’un texte inventif, ce qu’ils préféraient dans le lieu où ils passent chaque jour. Ma fille Alexandra a beaucoup réfléchi. Elle a eu sept ans il y a tout juste trois mois, et elle grandit si vite, que j’ai un peu de peine à la suivre. Avec sa mère et moi, elle a discuté des commerces qu’elle préfère. Des souvenirs de sa petite enfance lui revenaient, comme ce jour où elle est tombée dans la neige, en sortant de l’épicerie. La vendeuse est sortie avec une friandise, qu’elle a offerte à ma fille pour la consoler. La décoration de la vitrine, à Noël, du restaurant italien l’avait amusée, et elle hésitait à choisir ce sujet à illustrer.

Un après-midi, j’ai accompagné ma conjointe à son soin de Dépigmentation mensuel. Alexandra m’avait demandé ce que je pensais de la boutique de jouets. Elle aurait aimé la dessiner, mais la multitude d’objets proposés à la vente la chagrinaient : elle craignait de ne pas être assez douée pour la reproduire. Je lui ai démontré qu’elle pouvait choisir des détails, significatifs de ce commerce, et les compulser dans la même image. Pour qu’elle voie mieux ce qu’elle dessinerait, je l’ai accompagnée chez la commerçante qui vend des jouets, Martine. Souriante et généreuse, elle fut enchantée que la fillette l’ait sélectionnée pour apparaître sur son œuvre. Avec mon téléphone cellulaire, j’ai pris quelques photographies, notamment un portrait de Martine.

Ces clichés ont aidé ma fille à composer l’image qu’elle a présentée au concours. Le dépôt des créations enfantines était terminé un vendredi, au mois de mai, et Alexandra a posé la sienne, dans l’urne présente chez le boulanger, au dernier moment. Elle savait que plusieurs de ses amis avaient réalisé de très belles œuvres et elle reconnaissait qu’elle n’était pas sûre de gagner. Avec ma conjointe, nous lui avons dit que, le plus important, c’était de participer. Nous ne pensions pas qu’elle remporterait le premier prix. Son image devint une affiche, exposée chez la marchande de jouets. Alexandra eut son heure de gloire et elle a gagné un bon d’achat valable dans tous les commerces de la rue, d’une valeur assez importante. Elle a commencé par se prendre une poupée et des bonbons.